Koh Lanta – Poucepour1

Koh Lanta

Koh Lanta. À la simple évocation de ce nom mythique, mon souffle s’accélère, mes poils se dressent, et tout mon corps est traversé d’un frisson immédiat. Les souvenirs des vendredis soirs de mon enfance, passés à observer les péripéties des aventuriers, demeurent toujours vivaces dans ma mémoire. Et pourquoi ne pas tenter l’aventure moi-même ? Animé par le désir de suivre les pas des tout premiers naufragés, je prends la décision spontanée de faire un léger détour sur mon itinéraire.

En chemin, le destin me sourit lorsque je fais la rencontre d’une famille thaïlandaise aussi accueillante que chaleureuse. En plus de m’inviter à déjeuner et de m’avancer de 500 km, le couple se propose de faire des détours pour me faire découvrir la région. Monastère, Naga – sculpture de serpent – géant et ferme à pastèque rythment l’après-midi. En fin de journée, ils m’invitent chez eux et je partage un délicieux repas en compagnie de la grand-mère, des parents, de leurs enfants ainsi que de leurs frères et sœurs. Le poisson trône en maître sur la table, la mer se rapproche…

Quelques coups de pouce supplémentaires et une expérience de ferry-stop réussie me conduisent sur l’île des héros de ma jeunesse. Bien que préservée à certains endroits, elle est largement touchée par le tourisme de masse ; les Russes, les Chinois, les Américains et les Européens s’entassent sur les plages, dans les restaurants et les salons de massages de l’île. Les répercussions de ce tourisme sont considérables tant pour les populations locales que pour l’environnement. Les paysans ont transformé leurs propriétés en bungalows, devenant ainsi hôteliers, les pêcheurs ont abandonné leurs filets pour proposer des tours en bateau longue-queue, tandis que les femmes au foyer se sont tournées vers la restauration ou la conduite de tuktuk. Certes, ces nouvelles activités sont plus lucratives, mais est-ce une bonne chose lorsque le tourisme “dénature” et transforme des villes et villages ?



En ville et dans mes divers hébergements, je fais la rencontre d’une palette variée de voyageurs : des familles avec quatre enfants, des entrepreneurs des réseaux sociaux aux nomades digitaux. Côtoyer ces individus en chair et en os renforce ma conviction quant à la beauté d’internet. Si aujourd’hui je peux converser en visio avec ma famille, d’autres utilisent ces outils numériques pour leur travail et se permettent de vivre à des latitudes bien plus hospitalières où le pouvoir d’achat est nettement supérieur aux pays occidentaux. Une fois sur la plage j’ai même vu un homme en costume effectuer une réunion. Un autre jour, c’était une femme remplissant un gigantesque tableau Excel les pieds dans l’eau.

Plus que jamais, internet et la révolution digitale ont créé des opportunités pour des métiers variés ; vendeur en e-commerce, freelance, auteur d’e-book, ingénieur informatique, créateur de contenu, permettant à tous de résider où bon leur semble, de travailler quelques heures par jour (avec un salaire européen, un simple mi-temps permettant de vivre confortablement en Thaïlande) et de s’affranchir des contraintes traditionnelles. Inconcevable il y a 10 ans, ces personnalités sont la preuve que l’on peut vivre ses rêves tout en vivant sa vie.

Sympathisant avec certains, j’écoute leurs conseils pour partir une journée sur l’île de Koh Rok. Renommée pour ses coraux exceptionnels, c’est également le lieu du tout premier tournage de Koh Lanta, à une vingtaine de kilomètres de l’île du même nom. En posant le pied sur Koh Rok, l’émotion m’envahit. Je me dirige alors vers l’endroit précis où les tout premiers naufragés ont établi leur campement en 2001. Denis Brognart n’était pas encore le présentateur emblématique, les tours jumelles étaient encore debout et je venais tout juste d’apprendre à marcher. Après 1 an d’aventure, je marche à présent sur les traces de Tehura, Freddy ou encore Moundir. Un rêve de plus se réalise.



Muni d’un masque et d’un tuba, je m’aventure à explorer les récifs coralliens, une première pour moi. Bien que sceptique au départ quant à cette expérience, mes premières secondes sous l’eau font rapidement oublier le coût de l’expédition, me plongeant ainsi dans le monde fascinant de Nemo. Comme si j’étais dans un immense aquarium naturel, je reste sans voix devant la diversité éblouissante de poissons aux couleurs vives, évoluant gracieusement de corail en corail, d’anémone en anémone. À quelques centimètres de moi, ces créatures multicolores créent un spectacle éblouissant.

Cependant, cette immersion idyllique est entachée par l’indifférence de certains touristes, peu soucieux de la faune et de la flore marines, qui n’hésitent pas à piétiner les coraux, les endommageant de manière irréversible. Aucune mesure préventive n’est mise en place par les animateurs, et il est déconcertant de constater que certains visiteurs, ne sachant même pas nager, tentent inlassablement de capturer des poissons ou de prélever des morceaux de corail. Quel horreur.

Les coraux des plages touristiques, autrefois riches, abondants et colorés, sont maintenant réduits à l’état de ruines. Le spot préservé de Koh Rok, accessible uniquement par bateau privé, témoigne encore d’une certaine conservation, mais pour combien de temps ? À ce rythme effréné, l’imaginaire des somptueux récifs et des merveilles océaniques laisse place à la réalité alarmante de leur disparition imminente.

Si les conséquences du réchauffement climatique sont souvent évoquées à la télévision, rien n’égale l’impact de les observer de ses propres yeux. Les débats télévisés, saturés de chiffres et de statistiques, peinent à transmettre l’urgence de la situation. Ici, dans l’archipel de Koh Lanta, les conséquences directes de l’activité humaine sur la nature prennent une forme tangible et inquiétante, soulignant la nécessité pressante d’une action collective pour préserver notre planète.

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Alain Bouly

Tout est dit hélas…l’homme est la seule espèce animale capable d’aller à son autodestruction de son fait…

Jean-Pierre

Des russes en train de faire trempette en Thaïlande… Voilà encore des gens qui ne vont pas être rentrés pour aller voter ! Mais finalement ce n’est pas bien grave puisque le résultat est déjà connu.

Bonicho

Bon récit comme d habitude

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